Blog culturel sur l’histoire de France : étude des spécificités du peuple français à travers son esprit, son savoir-vivre et sa formation territoriale

Comment aborder Paris? Ne cherchez pas davantage. C’est la Seine qui vous introduira le mieux dans la connaissance du passé comme dans la familiarité du présent. C’est elle qui est à l’origine de tout. Toute l’histoire de Paris s’est formée autour d’elle, et pour remonter les siècles, il suffit de longer les quais.
Dans le cœur de la ville, du pont Sully au pont Alexandre III, c’est l’aspect monumental des quais et des édifices, qui retient surtout l’attention. Mais la Seine apporte partout avec elle un rappel de la nature. Elle a gardé l’allure nonchalante d’une rivière. Elle aime encore les arbres et par endroits ils sont là qui l’ombragent. Ses quais avec leur parure de platanes et de peupliers ont enchanté beaucoup de poètes, peintres, touristes et flâneurs du monde. Ce sont de merveilleux endroits de promenade dont la flânerie seule permet de goûter tout le charme et la va riété infinie.
La Seine est enjambée par trente-trois ponts, mais il n’y a aucun plan harmonieux dans leur architecture et aucun ne frappe par son originalité excepté le Pont Neuf. Et pourtant ils sont beaux.
La Seine est à la fois paisible et active. Ses péniches et leurs remorqueurs composent une charmante gravi re. Le mouvement incessant de la batellerie maintient sur ce chemin liquide une plaisante animation. Car la Seine est un fleuve qui travaille et Paris, ne l’oublions pas, est un grand port fluvial. Ce caractère portuaire va s’accentuer à mesure que l’on remonte les quais en amont des îles.

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Quand un piéton traverse un pont, il échappe presque complètement à la terre. Il devient une sorte de navigateur, il est sur la passerelle d’un navire, entre ciel et eau. Qu’il s’accoude au parapet et il est pris, car aucun endroit de la ville capitale ne vit avec tant d’harmonie et de mesure. Ni tumulte, ni hâte comme aux boulevards, mais tout semble réglé selon un ordre majestueux qui vient du fleuve.
Voici, par exemple, de solides gaillards qui portent d’une péniche au mur du quai des sacs de plâtre. Leur effort est régi lier et calme comme celui des flots. Cu ne s’aperçoit pas, il est naturel. Le fardeau ne semble pas peser au xépa: les, il tient admirablement sans le secours des bras qui font balancier la planche sur laquelle ils vont sans un faux pas à des soi plesses de tremplin.
Ces déchargeurs de bateaux plats sont les rois du quai, car il y a un prestige souverain dans les métiers qui exigent des muscles solides et de l’adresse.
An -dessous d’eux sont quelques petits personnages qui ressemblent à ceux qu’on voit dans les estampes du XVIe et du XVIIe siècle représentant les bords de la Seine. Le tondeur de chiens y exerce encore volontiers sa profession, et on est à peu près toujours assuré de trouver dans les environs des cardeuses de matelas mousse.
Un remorqueur passe lentement, dans des cris inhumains de sirènes. Seul devant le Louvre impérial, avec son équipage et sa machinerie, il se donne des airs de navire de guerre. Bien sagement, il tire un train de bateaux plats et il salue chaque pont de sa cheminée qui s’incline, couronnée d’un panache de fumée noire.
Le passage de ce convoi fluvial trouble un personnage classique, le bon pêcheur à la ligne, le rêveur que rien ne lasse et à qui la Seine impitoyable offre à la fin d’une patiente journée un goujon ou une ablette. Il en tire une grande fierté surtout si quelque bouquiniste, le tondeur de chiens ou la cardeuse de matelas ont vu au bout du fil le mince éclair d’argent.

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